lundi 17 septembre 2012

La communauté réformée de Lafrimbolle


L’existence de la communauté réformée de Lafrimbolle m’a été révélée par la pièce de théâtre L’Alsace en 1814 d’Erckmann-Chatrian. J’ai découvert à cette occasion ses liens avec celle du Ban de la Roche et le pasteur Oberlin. Je reste songeur à la vie de ces hommes et de ces femmes, exilés de l’intérieur, qui vécurent pendant près de deux siècles au milieu d’une nature hostile, avec leur foi pour seul viatique. 

La communauté réformée de Lafrimbolle est issue de l’émigration forcée de familles réformées de Badonviller en 1625. Le fait déclencheur est l’abjuration en 1623 du Rheingraf luthérien Philippe Othon de Salm Dauhn, créé, en échange, prince d’Empire par l’empereur Ferdinand II en lutte contre la réforme. Badonviller était à l’époque la résidence hivernale des comtes de Salm. Des réunions occultes de protestants y avaient lieu depuis 1555 et un premier pasteur y avait été envoyé par Calvin en 1565. Un édit impérial interdit dès lors l’exercice de la religion réformée dans le comté, l’exil immédiat des pasteurs et des instituteurs et l’obligation aux familles protestantes d’abjurer ou de s’exiler.

En 1625, la grande majorité de la population calviniste quitta le comté pour l’Alsace et s’installa à Sainte-Marie-aux-Mines et au Ban de la Roche. Cependant quelques familles, parmi les plus pauvres, se réfugièrent dans les immenses forêts de la baronnie de Turquestein sur le versant nord-ouest du Donon, à une quinzaine de kilomètres de Badonviller. 

On ne sait pas grand-chose des conditions d’existence de ces « robinsons suisses » protestants dans la forêt au XVIIème et XVIIIème siècles, sinon qu’ils ont survécu et auraient même été rejoints par des familles réformées venues de Suisse au XVIIIème siècle. Cette population aurait même été augmentée par d’autres familles réformées venues de Ban de la Roche au début du XIXème siècle. On sait par contre avec certitude qu’elles étaient suffisamment importantes pour que des assemblées protestantes se tiennent à Lafrimbolle en 1838 (à la ferme Guindrimont) et que le pasteur d’Hellering-lès-Fénétrange (à 30 km de là) vienne de temps à autres célébrer les casuels (mariages, enterrements) ou présider un culte chez l’habitant. Lafrimbolle semble constituer l’épicentre d’îlots de protestantisme entre Abreschviller et Badonviller durant la période.

En 1846 une école protestante et son logement est créée à Lafrimbolle grâce à un industriel rubanier, Daniel Legrand, du Ban de la Roche, disciple du pasteur Jean-Frédéric Oberlin sans doute sur le modèle des écoles maternelles d’Oberlin, les « poêles à tricoter ». Daniel Legrand plaçait de petits métiers à tisser les rubans dans les foyers modestes du pays et faisait ensuite la tournée pour collecter les fabrications et les vendre. Cette école est à l’origine du temple actuel.

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