mercredi 8 août 2012

Les Ents au Jardin Botanique


Quelques Ents se seraient installés cet été au Jardin Botanique de Metz. On les trouve habituellement en forêt de Fangorn, dans le monde de l’écrivain J.R.R Tolkien, mais il semble qu’ils aient fait irruption dans ce monde-ci. Comme chacun sait l’Ent est une créature ressemblant à un arbre, dotée d’une force peu commune. On dit que l’espèce a été créée par des divinités très anciennes pour protéger les forêts  de la Terre du Milieu. Ils apparaissent quand l’équilibre du monde est menacé, comme lorsque le magicien renégat Saroumane entreprit de constituer une armée d’Orques équipée de machines de guerre. Saroumane n’avait pas créé les Orques, il en était bien incapable, mais il les avait produit en série,  à partir d’Elfes torturés et retournés, fantassins cybernétiques au service d’un pouvoir  totalitaire cherchant à uniformiser l’univers sous le béton, l’acier et le feu nucléaire. Les Ents les ont vaincus. On ignore si les Ents n’encadraient pas les combattants du bois de Birnam quand Macbeth dépassa la mesure et si ce n’est pas l’agitation de leur canopée qui produisit la tornade qui détruisit le barrage hydraulique de la Forêt d’Emeraude. En tout cas leur présence est signalée au Jardin Botanique. Est-ce une bonne nouvelle ou le signe avant coureur d’une rupture d’équilibre dans ce monde-ci. Allez savoir !

A y regarder de plus près, les Ents rencontrés à Metz sont sans doute le résultat d’une mutation d’Ents de bords d’Etang et de cours d’eau, je pencherais pour des Ents-aulnes, peut-être … A force de fréquenter poissons et libellules, ils auraient évolués du végétal à l’animal pour parvenir à leur fin. Je l’avoue, les Ents du Jardin Botanique de Metz doivent plus à l’artiste Alain Bresson qu’à Tolkien. Ce sont en effet des sculptures éphémères, magnifiques et déroutantes. Les deux qu’il m’ait été donné d’entrevoir et dont j’ai réussi à fixer la silhouette ci-contre se nomment Cornemousse et Poissemousse-amasse sa-mousse. Ce sont de jeunes Ents poissons, de belle taille, fait de souches et de branches comme il se doit mais aussi de matériaux divers récupérés au cours de leur pérégrination. Je pense qu’il s’agit de créatures de savanes sous marines, une petite fille m’a fait remarquer que Cornemousse avait tout du mammouth. D’autres sont volantes (celles de la grande serre) ou échassières. Cornemousse et Poissemousse ne m’ont pas semblés très causants comme leurs cousins de Fangorn mais plus caustiques si j’en crois Alain Bresson interviewé sur FR3, entendu sur le net. Je ne le connais pas, le même média m’a appris qu’il était né en 1948 au Maroc et qu’il avait réalisé de nombreuses expositions. Il vit et travaille dans l’Yonne, en terre burgonde donc. Je ne crois pas qu’il sera fâché de mon interprétation mais s’il l’était, le droit de rectification lui est acquis. Pour vous faire votre opinion vous-même, venez en promenade au Jardin Botanique de Metz, un beau parc de plus de 4 hectares où avec un peu de chance vous croiserez des Ents jusqu’au 14 octobre 2012.

Nous sommes les héritiers de générations qui croyaient que la nature nous avait été donnée par Dieu pour la soumettre. L’idée que nous appartenions à la nature, que nous n’en étions qu’une espèce parmi d’autres est une idée ancienne qui fait retour – parce que la peur de tuer la poule aux œufs d’or devient lancinante. Les hommes dit primitifs savaient qu’ils étaient partie prenante de la nature, certains penseurs de l’antiquité aussi (les stoïciens notamment) mais cela avait été oublié. Les Ents semblent pensés par Tolkien comme les garants d’un monde harmonieux, à l’équilibre entre l’habileté technicienne des humains et le cycle des saisons, préservé de la démesure. L’économie industrielle conçue sous sa forme capitaliste (ou soviétique) magnifie cette démesure sur le mode court-termiste qui la caractérise. Nous en sommes toujours là : l’autoroute, le TGV et le Palais des congrès … Mes auteurs favoris, Erckmann et Chatrian, écrivant pourtant au siècle de la révolution industrielle, s’interrogeaient sur cette modernité qui fait fi de la tradition. Dans le roman Maître Daniel Rock, le héros affronte la machine en un combat sans espoir, en l’occurrence la locomotive du Paris-Strasbourg, qui détruit irrévocablement son monde ancestral. On comprendra que je me demande si toutes les modernités sont bonnes à dire.

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