vendredi 17 août 2012

Le Mérovingien de Stenay


Une veille de 14 juillet par un matin exceptionnellement froid et pluvieux, j’étais à Verdun pour visiter la crypte Saint-Maur, réputée une des plus belle de Lorraine. Je cherchais de l’aide car elle est fermée au public. A l’office du tourisme de la Meuse, l’hôtesse ne pu rien pour moi : sans l’accord de l’évêché, il était impossible de visiter la crypte. Comme elle me voyait  dépité, la gentille cicérone me parla de la crypte mérovingienne de Stenay, la crypte Saint-Dagobert. Je n’en avais jamais entendu parler. De retour chez moi, j’allais voir ce que qu’on pouvait trouver sur le web à Stenay. Il y a plusieurs sites, leur lecture me plongea dans une certaine perplexité : la crypte semblait être au cœur du monde de Dan Brown et des élucubrations du Da Vinci Code  mais je découvrais en même temps que le Dagobert de Stenay (Dagobert II en fait) était le héros d’un récit de Peter Tremayne, une courte enquête policière de Fidelma, l’avocate religieuse chère à Peter Tremayne (voir mon post du 3 août 2012). Je tenais une nouvelle chronique pour les temps mérovingiens. 

Dagobert en Irlande 

Dans Un cantique pour Wulfstan, Fidelma en route pour Ard Macha s’arrête au monastère de Durrow dont l’abbé est l’un de ses mentors. Durrow est célèbre dans toute la chrétienté, il a été fondé par Colomba d’Iona, on n’y parle pas moins de 18 langues. L’enseignement est centré sur la théologie, la médecine, le droit et les arts libéraux. La langue commune est le latin et même parfois le grec. Les souverains y envoient leurs enfants étudier et l’abbé se plaît à souligner qu’on y héberge en ce moment un jeune prince franc, Dagobert et sa suite, des princes saxons, Wulfstan, Eadred et Raedwald et Talorgen, un prince britton de Rheged. Mais la guerre couve entre Saxons et Brittons et le monastère a bien du mal à imposer une neutralité acceptée par les deux partis. Le prince Wulfstan se sentant particulièrement menacé a obtenu d’être logé dans une chambre qui se barricade de l’intérieur et dont la fenêtre est munie de barreaux. Il ne se déplace jamais sans sa garde personnelle de cinq jeunes gens. C’est dans ce contexte qu’il est assassiné !

Fidelma ne peut se soustraire à son devoir d’investigation, elle est dálaigh (avocate) des cours de justice d’Irlande et le meurtre a été commis presque en sa présence. Par ailleurs il n’est pas sans risque pour l’Irlande, les Saxons ne manqueront pas d’exiger des compensations. Fidelma se rend dans la chambre du crime, le corps de Wulfstan s’y trouve encore. Elle relève de nombreux indices, dont un morceau de tissu ensanglanté brodé d’une devise latine.

Elle interroge les protagonistes. Eadred est le cousin de Wulfstan, il est à peine christianisé, il parle difficilement irlandais et son latin est très limité. Il a beaucoup de mal à se contenir, il ne supporte pas d’être questionné par une femme. Il pense que c’est Talorgen qui a tué Wulfstan par sorcellerie. Le bout de tissu trouvé dans la chambre s’avère appartenir à Dagobert et porte sa devise Cave quid dicis (Prenez garde à ce que vous dites !). Dagobert a dû quitter son pays encore enfant et ses partisans attendent son retour, il parle le celte d’Eareann comme un natif et est fiancé à une princesse de Cashel, il est très séduisant. Il s’est querellé avec Wulfstan mais affirme ne pas l’avoir tué. Le morceau de tissu trouvé dans la chambre lui appartient, il avoue l’avoir prêté à Talorgen. Le professeur de droit en charge des Saxons est également questionné, il exècre les Saxons mais dit bannir le meurtre, il apprend à Fidelma qu’un messager saxon est arrivé la veille au monastère. Talorgen pense que tout le monde à Durrow avait des raisons de vouloir la mort de Wulfstan, lui-même n’aurait pas hésité à le tuer mais hors les murs du monastère, il reconnait ne pas savoir ce qu’est devenu l’étoffe de Dagobert. Raedwald n’avait guère d’amitié pour Wulfstan, il précise à Fidelma que le messager saxon a apporté un message à Wulfstan - et à lui seul - mais qu’on ne peut l’interroger, les Saxons coupant la langue des messagers royaux. Fidelma parviendra-t-elle à résoudre l’énigme de la chambre verrouillée ?

En forêt de Woëvre

C’est avec ce bagage que je partis pour Stenay. Du séduisant jeune homme de Durrow, je connaissais surtout son grand-père Dagobert Ier et sa réputation, encore n’aurait-il pas fallu me questionner trop longtemps. Je trouvais facilement la crypte Saint-Dagobert, à côté de l’office de tourisme. Je savais que ce n’était pas une vraie crypte mais une reconstitution d’édifice gothique et un petit musée. Le local est géré par une association dont le but principal est de promouvoir un pèlerinage et une fête mérovingienne au mois d’août. Le responsable répondit à toutes mes questions dont celle de savoir où Dagobert avait été assassiné. Rien de plus facile, un chemin balisé y conduisait en forêt de Woëvre, encore fallait-il compter deux bonnes heures à pieds aller-retour, la forêt étant interdite aux véhicules. J’étais ravi, il faisait beau, un sentier pédestre m’était proposé et à la clé une méditation sur les temps mérovingiens. J’achetais une carte d’état-major (c’est un tic) et je me rendis au château de Charmois, à l’orée de la forêt, point de départ du périple.

On m’avait dit de suivre le balisage des abeilles. Effectivement, un pochage jaune représentant notre hyménoptère favori ouvrait la route. Dès l’entrée dans le bois, des fondrières ralentissaient l’allure, ce n’était pas pour me déplaire. Le balisage était comme je les aime, ni trop présent, ni lacunaire, juste ce qu’il faut pour ne pas s’endormir et regretter l’investissement IGN. J’avoue ne pas avoir pensé au post à rédiger, trop préoccupé par le chemin. Très vite, à ma droite, un étang, je fis fuir un héron et des colverts. Je pensais à la Vouivre, celle de Marcel Aymé. Hélas, hélas, rien ne troubla l’eau, pas la moindre présence serpentine. Je cherchais des traces de gibier, le sol marneux était parfait pour cela. Je trouvais une magnifique souille de sanglier qui avait conservé l’empreinte des poils. Je me souvins que la forêt de la Woëvre n’est pas en Woëvre, je veux dire dans la région naturelle de la Woëvre mais juste avant, sur les contreforts ardennais, c’est sans doute pour cela que je cherchais les sangliers. J’étais dans un bois de feuillus, le hêtre semble très présent, le chêne moins. C’est le taillis sous futaie qui domine, belle diversité des espèces, j’ai vu du bouleau, du tremble, du charme et même du châtaigner. J’arrivais à la Baraque de l’Officier, j’était maintenant sur une voie carrossable, la source où la tradition nous dit que fut assassiné Dagobert était maintenant tout près. Manque de chance, il me fallut longer une parcelle enrésinée, sombre, au sol infertile. Au bord de la voie, sous une mince frondaison de jeunes hêtres avec en arrière plan les épicéas, se trouvait la source Saint-Dagobert et sa margelle de pierres. L’endroit tient de l’aire à barbecue, avec sac poubelle et du camp scout décati, un crucifix saint-sulpicien incongru se devine entre les arbres. Ce n’est pas un haut lieu mais il ne saurait l’être. Je résistais à un léger dégoût. Est-ce un lieu de mémoire ? N’y a t-il pas quelque chose de morbide à conserver la trace d’un assassinat ? Qu’est-ce que je faisais là moi-même ? Bon, j’avais un prétexte, j’enquêtais. Je me dis finalement que faute de tombeau à visiter les gens de Stenay n’ont plus que la forêt du crime. Après tout pourquoi pas !

(à suivre)

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